Indy Blave, le blog

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"De rouille et d'os"

De rouille et d'os
Avant tout début de critique sur le nouveau film de Jacques Audiard, il convient de préciser que l'auteur de ce blog n'est pas fan, loin s'en faut, de l'ensemble de l'œuvre du cinéaste. Sans amoindrir le talent immense de l'auteur de "Sur mes lèvres", ses films "De battre mon cœur s'est arrêté" ou "Un prophète" ne m'avaient pas laissé une trace indélibile. 

Aussi une certaine appréhension m'accompagnait au début de son nouveau film au sujet en apparence mélodramatique que l'on a pu voir reçassé de manière si souvent indigeste. Deux heures plus tard, on ressort du film aussi groggy qu'ont pu l'être, à chacun sa façon, les principaux protagonistes du film. 

Que l'on se le dise : il nous faut pas beaucoup de temps pour réaliser que l'on est en train d'assister à une œuvre magistrale. Pas seulement de la part de son talentueux cinéaste mais aussi dans les annales du septième art. Découvrir "De rouille et d'os", c'est un peu comme assister à ce qui s'annonce un banal match de tennis alors que vous êtes en train de regarder le Lendl/Chang, match de huitième de finale  de Roland Garros 89 qui est entré dans l'histoire du jeu. Par le sens du réalisme, la beauté d'une mise en scène sans cesse inspirée, Jacques Audiard se surpasse une nouvelle fois comme s'il voulait toujours prouver quelque chose, lui dont la filmo frôlait déjà la quasi perfection (on peut ne pas entrer dans l'univers d'un cinéaste mais être sensibilisé par son travail). 

Le cinéaste a travaillé toutes ses scènes avec un professionnalisme exemplaire ne laissant rien passer même parmi des scènes qui auraient pu passer comme "moins importantes". Bien mal inspiré serait le spectateur qui serait pris d'une envie de s'absenter de la salle quelques instants. C'est la garantie de rater un grand moment. Car toutes les scènes écrites et dirigées ressemblent à des tableaux, des œuvres  qui seraient exposées dans un musée d'art. On est complètement touché par l'histoire, ces deux êtres paumés à leur façon qui vont partager leurs désarrois ensemble. Loin des bluettes, notamment américaines, Audiard ne s'enfonce jamais dans la guimauve qui aurait pu être le piège délicat dans lequel bon nombre de cinéastes seraient tombés. Audiard est bien trop malin pour cela et ne cherche pas la larme facile. Vous vous attendez à des héros larmoyants sur fond de violons ? Vous avez tout faux. Le cinéaste n'est pas là pour épargner ses personnages tous pris dans la tourmente d'une crise perdurante. 

Car le film est très représentatif de son époque : les boulots d'un ou quelques soirs, la débrouille (voler les yaourts périmés au sein même de son propre boulot), le chacun pour soi...La crise représentée dans tout son malheur mais sans jamais passer un message pseudo politique tel qu'on en a vu si souvent nous polluer nos écrans ces derniers mois. Audiard ne dénonce pas mais fait juste un constat ce qui représente un travail bien plus profond. Et le réalisateur se concentre pour nous offrir de sublimes scènes d'un réalisme fulgurant. La scène de l'accident, qui marque le vrai début du film, enchaînée par le jogging du héros est représentatif du génie de trouvailles qui habite le cinéaste. Il nous touche dans les moindres scènes, notamment celles d'amour dénués d'érotisme gratuit mais tout simplement un acte physique transformé peu à peu en acte de sentiment.

Comme à son habitude, ses acteurs donnent le meilleur d'eux même. Les seconds rôles sont impeccables sans jamais servir la soupe aux deux principaux concernés. Quel plaisir de retrouver la Marion Cotillard tendance "môme". L'actrice que l'on avait vu dans de solides films hollywoodiens mais sans grand jeu tout de même nous revient dans un rôle magistral qui n'a rien à envier à celui de Piaf. Jamais dans le surjeu ( contrairement aux "Petits mouchoirs"), l'actrice nous rappelle à quel point elle est devenue chef de file d'une catégorie ultra serrée de comédiennes haut de gamme. Il faut la voir découvrir ses jambes amputées (saluons au passage le trucage absolument bluffant et même bien plus terrifiants que beaucoup d'effets spéciaux actuels), c'est tout un panel de jeux d'une grande actrice.  Marion Cotillard serait un peu la Simone Signoret des temps modernes. Quel parcours pour la minette de la série exécrable des "Taxi"...

Marion Cotillard ne nous en voudra cependant pas, à nous spectateurs, d'avoir les yeux rivés sur son partenaire . Matthias Schoenaerts est LA révélation du film. Sa performance ressemble aux coups de savate qu'il donne dans le film. On encaisse son jeu comme des coups de poings qui nous mettent ko. Son jeu parfait alliant la dureté à un chamallow dans certaines scènes nous scotche littéralement. Il faut le voir en aveu de faiblesse dans une scène clé du film. C'est tout un jeu d'émotion qui est dévoilé sans surenchère aucune. Une star en devenir assurément.

À moins d'être victime d'un certain aveuglement on voit mal comment Cannes pourrait passer à côté de ce chef d'œuvre en passe de devenir une page dans la déjà longue histoire du cinéma. Une nouvelle étoile est née. Elle s'appelle "De rouille et d'os".


20/05/2012
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